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Forums Généalogie

Camille.1955
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: vendredi 29 février 2008 14:29


Inscrit le: 15/03/2007
Messages: 532
Bonjour

Je suis entré en possession de renseignemenst sur la création du village de Turenne :
- Site d'El Bridj futur Turenne
- Etat des possessions
- Lotissement Turenne en 1896
- Lotissement Turenne 1896 Jardins et Vergers
- Plan et liste des Colons
- Liste Electeurs 1909
- Liste Electeurs 1939

Tout ceci grâce à M. Guy COUVERT, faisant partie de l'Association Des Turenniens, tiré du Bulletin '' La Source Folle '' (pour les connaisseurs !)
Que je remercie encore une fois, de ce cadeau providenciel.

Il y à aussi la vie du village, depuis sa création, les institutrices et instituteurs, ainsi que des anecdoctes de la vie de tous les jours.
Si vous êtes intéressés(es) n'hésitez pas, je vous enverrais les documents, les plans, format Pdf et Word pour l'histoire du village de sa création à .....
Texte que je suis entrain de regrouper en un seul document, pour des facilités de lecture et de suivi.
Voilà pour l'adresse mail, vous suivez le même chemin que pour les listes de Colons de 1848 à 1900.

J'ai aussi, gràce à un internaute, un petit film en ma possession, sur le marché de Turenne en 1953, il est disponible et je peux vous le faire parvenir.

'' A qui sait attendre, le temps ouvre ses portes ''

Proverbe Chinois
ddmnl
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: dimanche 2 mars 2008 15:50

Inscrit le: 19/11/2002
Messages: 12
Bonjour Camille.
Je suis MENUEL André et je suis né à TURENNE en 1958. J'étais trop jeune pour avoir des souvenirs. Je viens de lire sur le forum que vous détenez des documents concernant la vie du village, depuis sa création, les institutrices et instituteurs, ainsi que des anecdoctes de la vie de tous les jours. Je suis trés intéressé par ces documents. Comment puis-je me procurer ces documents.
J'ai fait part de mes recherches sur TURENNE il y a peu sur le forum COMMUNE DE TLEMCEN. Je ne sais pas si vous avez pu voir mon message et si cela vous dit quelques chose?
D'avance merci pour votre réponse
MENUEL André
mon adresse courriel: ddmnl@free.fr

Camille.1955
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: vendredi 7 mars 2008 23:36


Inscrit le: 15/03/2007
Messages: 532
Book
'' A qui sait attendre, le temps ouvre ses portes ''

Proverbe Chinois
Mohamed de Turenne.M
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: mercredi 19 mars 2008 23:02

Inscrit le: 14/01/2008
Messages: 26
a rose marie

il ya deux frère marcovich l'un instituteur et comme je te dit il reste tout l'archvie de l'instituteur meme les photos avec les élèves et l'autre il occupe un restaurant et leur parent étais cultivateur

en tout les cas je vais faire un recherche sur la famille marcovich et je te donne tout les renseignement contacte moi par email

turenne1978@yahoo.fr


merci
Vincent.A272
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: vendredi 21 mars 2008 06:34


Inscrit le: 21/12/2007
Messages: 1 626
Bonjour

BRAVO à Camille ROUSS pour son travail de popularisation de l'histoire de son village
Camille.1955
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: vendredi 21 mars 2008 15:29


Inscrit le: 15/03/2007
Messages: 532
Bonjour

En entier c'est : ROUSSILHES.

Pour l'histoire du village, j'ai encore 8 à 9 bulletin à mettre à jour ! ! !
'' A qui sait attendre, le temps ouvre ses portes ''

Proverbe Chinois
Camille.1955
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: vendredi 21 mars 2008 22:04


Inscrit le: 15/03/2007
Messages: 532
Bonsoir

On continue !




De Melle VARGAS à Maxime MARCOVICH,

60 Maîtres d’Ecoles . . . .


Si notre village nous restait accessible, il n’y aurait aucune difficulté à faire l’historique de la scolarisation de ses enfants.
Il suffirait de demander à chaque directeur ou directrice de nous confier les registres matricules de son école et de nous autoriser à consulter ses archives.
Faute de cela, nous nous ne pourrons que l’esquisser à l’aide de brides recueillies aux Archives d’Outre-Mer, dans des journaux d’époque, dans nos mémoires /

I – la première école est construite en 1896 – 1899 :

En même temps que la gendarmerie et les autres ouvrages du ressort de l’Administration. Le 3 octobre 1898 a lieu la « remise par le Service des Ponts et Chaussées à la Commune mixte de Sebdou des travaux d’installation du Centre de Turenne ».
Les rues et le boulevard empierrés, les caniveaux qui ceinturent les quartiers encore vides de maison, le captage et l’aménagement de la source, les réservoirs et les conduites de distribution d’eau, le lavoir et l’abreuvoir, tout est vérifié.
L’école enfin :
 Un bâtiment comprenant une salle d’école, un logement d’instituteur, une pièce servant de Mairie provisoire à laquelle est annexée un petit cabinet ; ensemble un préau couvert, un bâtiment annexe comprenant un bûcher et une buanderie, les latrines du Maître, de la Mairie et des élèves.
 La salle de classe a dans œuvre 10 m de longueur sur 6.50 m de large, elle est séparée du logement de l’instituteur par un vestibule de 2.70 m de largeur. Dans cette classe est aménagé provisoirement au moyen d’i=une cloison en briques sur champ un espace de 6.50 m sur 3 m pour constituer le cabinet du Maire et le dépôt des archives dont il a été question ci-dessus.
 Le logement de l’instituteur comprend trois pièces et une cuisine ayant ensemble dans œuvre les mêmes dimensions que la salle de classe. Sous la cuisine est aménagée une cave. La casse et le logement ont 4.10 m de hauteur sous plafond.
 Le préau couvert est constitué par un hangar ouvert au Nord lequel a 20 m de longueur, 4 m de largeur et 3 m de hauteur sous les entraits. Comme le bâtiment de l’école il est couvert en tuiles de Marseille.
 La buanderie et le bûcher sont construits contre le mur de clôture face postérieure et à l’angle N.E ., ils comprennent ensemble deux pièces ayant chacune 4.40 m de longueur sur 3.60 m de profondeur.
 Les latrines des élèves comprennent 2 cabinets d’aisance et deux urinoirs, un des deux cabinets est provisoirement installé pour la Mairie et est muni d’un siège et d’une cuvette.
 Les latrines du Maître comprennent un seul cabinet adossé à la façade postérieure du bâtiment.
 La cour des élèves est séparée de la partie réservée au maître et est provisoirement au service de la Mairie par une barrière à claire-voie.
 La cour entièrement clôturée a 80 m de longueur sur 20 m de profondeur.

Tournant le dos à la rue qui monte vers la Source et séparée des jardins par le boulevard sud, l’école occupe l’aile orientale de la vaste place ou seront implanté ultérieurement la mairie, le nouvel abreuvoir, les autres écoles, le monument aux morts.
Cette place sera, jusqu’à l’incendie de 1926, encombrée chaque été par de hautes meules de gerbes autour de l’aire à battre.
En juillet de cette année-là, alors que le siroco soufflait depuis plusieurs jours, le gerbier flamba, la récolte fut détruite.
Le vent du sud, surchauffé encore et desséché si cela se pouvait par les brasiers, menaçait de son souffle torride les maisons ou luttaient contre la mort des bébés déshydratés.
Les colons furent alors invité à dresser leurs dangereuses meules hors du village.
En 1937, gisait toujours aux abords de notre école un rouleau de dépicage, lourde masse tronconique de pierre que les enfants, se mettant à plusieurs, s’amusaient à pousser au risque de s’écraser les orteils.
Il sera jeté l’année suivante dans les fondations de la nouvelle école indigène.

II – La première institutrice :

Dans l’hebdomadaire Tlemcénien La Tafna du 4 octobre 1899 on lit : Mouvement des instituteurs … Stagiaires…Institutrices chargées d’école : Melle VARGAS, d’Aîn Tekbalet à Turenne -emploi créé- Ainsi n’a-t-on ouvert l’école qu’après l’arrivée des premiers colons dont la plupart, il est vrai, avaient retardé leur installation, certains pour cette raison.
Louise COUVERT, par exemple, obtient son certificat d’étude en juin 1898 comme écolière de Négrier et Simon LAMASSOURE comme élève de l’école des Frères de Tlemcen.
Bien qu’ayant encore deux garçons d’âge scolaire, la mère de Louise installe néanmoins sans plus attendre sa famille dans le nouveau village, en novembre 1898.
Ces enfants ne seront pas les seuls à faire l’école buissonnière par la faute de l’Administration.
La classe de Melle VARGAS réunit garçons et filles. En décembre 1899, un rapport signale déjà que les « plafonds de l’école sont tous brisés … »

III – En 1906 :

Il n’existe qu’une école mixte fréquentée par 82 élèves, si l’on croit un concessionnaire, garde champêtre à Laferrière, qui renonce à rejoindre « un endroit si lointain » (24 avril 1906).
Déplorable situation confirmée par les rapports semestriels de l’administrateur de la Commune mixte : « la population scolaire est de beaucoup supérieure à celle qui peut recevoir l’instruction dans l école actuelle. C’es pour cette raison que l’autorité locale a proposé la création d’une nouvelle classe ». (Remchi, 30 août 1906), « la population scolaire compte 75 enfants, mais étant donné l’existence de la classe actuelle, 50 élèves seulement peuvent aller à l’école ». (Sebdou, décembre 1907).
Apparemment, ce n’est qu’en 1908, qu’une seconde classe est ouverte (et peut être construite la seconde école), fille set garçons étant alors séparés : « la population scolaire de Turenne compte une centaine d’élèves des deux sexes qui fréquentent très régulièrement l’école. Une école de garçons a été récemment créée ». (Sebdou, 20 avril 1909).
L’institutrice des filles est Elise BAILLET.
Sadia GUENANCIA (1908-1913) est le premier instituteur des garçons.
A la rentrée de janvier 1909, Mme BAILLET, mutée à Marnia est remplacée par Sultana GUENANCIA, suppléante auxiliaire (l’Echo d’Oran 23 décembre 1909).

IV – A la veille de la Grande Guerre :

Les deux écoles sont conduites par M. et Mme LOUSTALOT (1913-1917).
Celle-ci réussit au C.A.P le 13 mars 1914 ; deux élèves de chacun d’eux réussissent au Certificat d’Etudes le 30 mai à Tlemcen.
Durant la guerre arrivent les deux Léa, Julien et Briançon, celle-ci à peine âgée de vingt ans, qui deviendront l’une Mme DUCROS, femme du futur maire, la seconde, en 1921 , Mme SAINT-SERNIN, femme du future secrétaire de mairie

'' A qui sait attendre, le temps ouvre ses portes ''

Proverbe Chinois
Rose-Marie.L22
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: dimanche 23 mars 2008 21:40

Inscrit le: 14/12/2007
Messages: 148
Bonsoir Camille,

Je ne parviens pas à retrouver votre adresse e-mail...La rappeleriez-vous?

Cordialement,
R.-Marie
Camille.1955
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: dimanche 23 mars 2008 22:50


Inscrit le: 15/03/2007
Messages: 532
Bonsoir

Cliquer sur Camille.ROU55 et vous trouverez mon adresse mel ! ! ! Dans biographie !


Des infos encore pour Rose Marie (qu'elle chance
Guy COUVERT, m'avait envoyé dans ces premiers message, ceci :

Série de dossiers intéressant au CAOM
Cotes 31-L-78 et 31-L-79 : nombreurx documents c/cTurenne et ses Habitants dont MARCOVICH, etc.
cotes 3M607, 3M608,3M609, 3M610 : dossiers individuels dans l'ordre alphabétique (A à C, D à L, M à S, T à Z) MARCOVICHE Baptiste, Charles, Emile présent.
Il faut y ajouter les documents d'etat civil microfilmés (cote 109 MIOM 401).Ainsi par exemple, j'avais envoyé en 1992 à Guy MARCOVICH, fils d'Etienne ( 1910-1988 ) ; fils d'Emile ( 1877- vers 1944 ?), fils de Victor ? ( 1845- ? ), fils de Nicolas ? (1817-?), fils de Nicolas marin, demeurant à Santa Pola disparu depuis une époque très reculée, une copie de l'acte de mariage de ce bisaîeul à Tlemcen en 1849, citant ce trisaîeul disparu en mer.
A leur mariage, les époux déclarent avoir déjà trois enfants de 6, 4 et 1 an, Nicolas, Jean Marie Victor et Marie Joséphine.

Pour informations, on ne sait jamais ?
'' A qui sait attendre, le temps ouvre ses portes ''

Proverbe Chinois
Françoise.L98
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: lundi 24 mars 2008 00:35


Inscrit le: 27/10/2005
Messages: 8
Né à Turenne en 1938 je suis interessé par tout document concernant mon village Razzhotos,films....
Un ami de Couvert André et Hubert.et ancien élève de M.Garcia,Kazi.
Cordialement.
Camille.1955
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: lundi 24 mars 2008 17:40


Inscrit le: 15/03/2007
Messages: 532
Bonsoir

Juste une adresse mel et je vous envoie ce que j'ai en, ma possession, c'est a dire, plan du village, liste electeurs, etc..
Kami
'' A qui sait attendre, le temps ouvre ses portes ''

Proverbe Chinois
Camille.1955
Création du Village de Turenne - Sabra - Histoire du Village !!!
Envoyé le: lundi 24 mars 2008 21:55


Inscrit le: 15/03/2007
Messages: 532
Bonsoir
Toujours et encore Turenne !!!

De Melle VARGAS à Maxime MARCOVICH,

60 Maîtres d’Ecoles . . . .


Si notre village nous restait accessible, il n’y aurait aucune difficulté à faire l’historique de la scolarisation de ses enfants.
Il suffirait de demander à chaque directeur ou directrice de nous confier les registres matricules de son école et de nous autoriser à consulter ses archives.
Faute de cela, nous nous ne pourrons que l’esquisser à l’aide de brides recueillies aux Archives d’Outre-Mer, dans des journaux d’époque, dans nos mémoires /

I – la première école est construite en 1896 – 1899 :

En même temps que la gendarmerie et les autres ouvrages du ressort de l’Administration. Le 3 octobre 1898 a lieu la « remise par le Service des Ponts et Chaussées à la Commune mixte de Sebdou des travaux d’installation du Centre de Turenne ».
Les rues et le boulevard empierrés, les caniveaux qui ceinturent les quartiers encore vides de maison, le captage et l’aménagement de la source, les réservoirs et les conduites de distribution d’eau, le lavoir et l’abreuvoir, tout est vérifié.
L’école enfin :
 Un bâtiment comprenant une salle d’école, un logement d’instituteur, une pièce servant de Mairie provisoire à laquelle est annexée un petit cabinet ; ensemble un préau couvert, un bâtiment annexe comprenant un bûcher et une buanderie, les latrines du Maître, de la Mairie et des élèves.
 La salle de classe a dans œuvre 10 m de longueur sur 6.50 m de large, elle est séparée du logement de l’instituteur par un vestibule de 2.70 m de largeur. Dans cette classe est aménagé provisoirement au moyen d’i=une cloison en briques sur champ un espace de 6.50 m sur 3 m pour constituer le cabinet du Maire et le dépôt des archives dont il a été question ci-dessus.
 Le logement de l’instituteur comprend trois pièces et une cuisine ayant ensemble dans œuvre les mêmes dimensions que la salle de classe. Sous la cuisine est aménagée une cave. La casse et le logement ont 4.10 m de hauteur sous plafond.
 Le préau couvert est constitué par un hangar ouvert au Nord lequel a 20 m de longueur, 4 m de largeur et 3 m de hauteur sous les entraits. Comme le bâtiment de l’école il est couvert en tuiles de Marseille.
 La buanderie et le bûcher sont construits contre le mur de clôture face postérieure et à l’angle N.E ., ils comprennent ensemble deux pièces ayant chacune 4.40 m de longueur sur 3.60 m de profondeur.
 Les latrines des élèves comprennent 2 cabinets d’aisance et deux urinoirs, un des deux cabinets est provisoirement installé pour la Mairie et est muni d’un siège et d’une cuvette.
 Les latrines du Maître comprennent un seul cabinet adossé à la façade postérieure du bâtiment.
 La cour des élèves est séparée de la partie réservée au maître et est provisoirement au service de la Mairie par une barrière à claire-voie.
 La cour entièrement clôturée a 80 m de longueur sur 20 m de profondeur.

Tournant le dos à la rue qui monte vers la Source et séparée des jardins par le boulevard sud, l’école occupe l’aile orientale de la vaste place ou seront implanté ultérieurement la mairie, le nouvel abreuvoir, les autres écoles, le monument aux morts.
Cette place sera, jusqu’à l’incendie de 1926, encombrée chaque été par de hautes meules de gerbes autour de l’aire à battre.
En juillet de cette année-là, alors que le siroco soufflait depuis plusieurs jours, le gerbier flamba, la récolte fut détruite.
Le vent du sud, surchauffé encore et desséché si cela se pouvait par les brasiers, menaçait de son souffle torride les maisons ou luttaient contre la mort des bébés déshydratés.
Les colons furent alors invité à dresser leurs dangereuses meules hors du village.
En 1937, gisait toujours aux abords de notre école un rouleau de dépicage, lourde masse tronconique de pierre que les enfants, se mettant à plusieurs, s’amusaient à pousser au risque de s’écraser les orteils.
Il sera jeté l’année suivante dans les fondations de la nouvelle école indigène.

II – La première institutrice :

Dans l’hebdomadaire Tlemcénien La Tafna du 4 octobre 1899 on lit : Mouvement des instituteurs … Stagiaires…Institutrices chargées d’école : Melle VARGAS, d’Aîn Tekbalet à Turenne -emploi créé-. Ainsi n’a-t-on ouvert l’école qu’après l’arrivée des premiers colons dont la plupart, il est vrai, avaient retardé leur installation, certains pour cette raison.
Louise COUVERT, par exemple, obtient son certificat d’étude en juin 1898 comme écolière de Négrier et Simon LAMASSOURE comme élève de l’école des Frères de Tlemcen.
Bien qu’ayant encore deux garçons d’âge scolaire, la mère de Louise installe néanmoins sans plus attendre sa famille dans le nouveau village, en novembre 1898.
Ces enfants ne seront pas les seuls à faire l’école buissonnière par la faute de l’Administration.
La classe de Melle VARGAS réunit garçons et filles. En décembre 1899, un rapport signale déjà que les « plafonds de l’école sont tous brisés … »

III – En 1906 :

Il n’existe qu’une école mixte fréquentée par 82 élèves, si l’on croit un concessionnaire, garde champêtre à Laferrière, qui renonce à rejoindre « un endroit si lointain » (24 avril 1906).
Déplorable situation confirmée par les rapports semestriels de l’administrateur de la Commune mixte : « la population scolaire est de beaucoup supérieure à celle qui peut recevoir l’instruction dans l école actuelle. C’es pour cette raison que l’autorité locale a proposé la création d’une nouvelle classe ». (Remchi, 30 août 1906), « la population scolaire compte 75 enfants, mais étant donné l’existence de la classe actuelle, 50 élèves seulement peuvent aller à l’école ». (Sebdou, décembre 1907).
Apparemment, ce n’est qu’en 1908, qu’une seconde classe est ouverte (et peut être construite la seconde école), fille set garçons étant alors séparés : « la population scolaire de Turenne compte une centaine d’élèves des deux sexes qui fréquentent très régulièrement l’école. Une école de garçons a été récemment créée ». (Sebdou, 20 avril 1909).
L’institutrice des filles est Elise BAILLET.
Sadia GUENANCIA (1908-1913) est le premier instituteur des garçons.
A la rentrée de janvier 1909, Mme BAILLET, mutée à Marnia est remplacée par Sultana GUENANCIA, suppléante auxiliaire (l’Echo d’Oran 23 décembre 1909).

IV – A la veille de la Grande Guerre :

Les deux écoles sont conduites par M. et Mme LOUSTALOT (1913-1917).
Celle-ci réussit au C.A.P le 13 mars 1914 ; deux élèves de chacun d’eux réussissent au Certificat d’Etudes le 30 mai à Tlemcen.
Durant la guerre arrivent les deux Léa, Julien et Briançon, celle-ci à peine âgée de vingt ans, qui deviendront l’une Mme DUCROS, femme du futur maire, la seconde, en 1921 , Mme SAINT-SERNIN, femme du future secrétaire de mairie

V – au lendemain de la grande guerre :

Semblent exister les deux écoles çà deux classes telles que nous les avons connues dans les années trente.
Elles se font face, de part et d’autres de la grande place, à respectueuse distance de la mairie et du Monument aux Morts.
Des oliviers plantés en quinconce jettent sur le sol une ombre insuffisante.
Lorsque arrive la chaleur du troisième trimestre, c’est au-delà de la rue, sous les platanes qui disputent leur eau aux jardins, que les garçons cherchent la fraîcheur en attendant l’ouverture du portail.
Les filles font de même de leur côté, mais loin des garçons, aux abords de la maison forestière tandis que ceux-ci restent aux abords de la gendarmerie.
A l école de filles il y à, pour longtemps, Mme DUCROS et Mme SAINT SERNIN.
Côté garçons, on voit M. BORD en 1917-1922, puis Victor GUENOUN en 1923-1927.
Edouard LAMASSOURE se souvient que M. GUENOUN forma la première équipe de foute qui jouait sur un terrain en pente, au-dessus du lavoir.
Les buts étaient matérialisés par des pierres et des vestes.
Dans l’un de ces buts il voit Marcelin DIENER ; parmi les joueurs, les frères VINCENT ET Bernard TORRES et d’autres dont les noms ne lui reviennent pas.
M. et Mme BRIAND suivent en 1929-1931, puis M. ET Mme DAMVILLE en 1931-1933.

VI – A la veille de la seconde guerre :

Jules MARTINEZ succède en 1933 à Pierre DAMVILLE.
Oranais, il n’appréciait pas les hivers froids de Turenne et n, de novembre à mars, on ne le voyait jamais hors de son pardessus.
Auguste GARCIA lui succède en 1936.
L’épouse de l’un ni de l’autre directeur n’étant institutrice, la deuxième classe fut tenue par une succession d’adjoints, jeunes instituteurs (le p’tit maître disions nus) qui faisaient souvent leurs premières armes : M. CHIRAT, impatient et violent, Melle SICSIC qui prétendait que j’écrivais comme un bœuf qui laboure (elle n’en avait jamais vu), M. ROUX (on prononçait ROUXE), très gentil M. André DETTLING devenu à la suite d’un incident, un héros à nos yeux, Mme NUCCI, la plus expérimentée.
Coté filles, Me DUCROS, directrice de 1915à 1937 environ, fut épaulée jusqu’à sa retraite par Mme SAINT SERNIN qui devenue directrice à son tour, passera en 1949 le flambeau à son adjointe, Mme NUCCI (Adrienne SABROUX).
Odette TYRODE, normalienne sortante, arrivée en octobre 1937 demeurera jusqu’en 1942.

VI I - Les tout petits :

Sont accueillis à partir des dernières années 20.
Jusque là, les deux écoles recevaient les enfants de six à douze ans, en conservaient certains un an de plus pour le certificat, et acceptaient les petits de cinq ans qui leur étaient confiés.
Désormais, l’Asile, installé à l’ouest du village au fond d’une petite cour fermée sur la rue par une grille, reçoit les petits de quatre et cinq ans.
La première maîtresse en fut Mme QUASTAN, suivie de Melle BOURNIQUEL puis en 1931, d’Adrienne SABROUX qui y obtint son C.A.P.
Son vieux père, assis sur une chaise adossée au mur de la classe, prenait le soleil tandis que nous jouions autour de lui.
Vers 1935 est construite la nouvelle école enfantine attenante à l’école des filles : on ne parle plus d’Asile.


VIII - L’école indigène :

Pendant 25 ans, seuls les enfants européens intéressent l’administration.
Quelques élèves arabes sont admis à l’école mais a titre individuel, ZERROUKI par exemple, fils de douanier, qui obtient son certificat en 1914.
Ce n’est qu’après l’érection du village en commune de plein exercice et sous la municipalité DUCROS, que, vers 1925 est ouverte l’école indigène.
Elle est installée légèrement à l’écart du village, un peu plus haut que la gendarmerie, sur la route de la gare.
M. OUDJDI en est l’instituteur.
En 1938 sera construite une école neuve de deux classes, dans le village même, entre la mairie et l’école des garçons.
Elle sera dirigée par M. OUDJDI jusque vers 1945, avec Kazi AOUAL pour adjoint.
Pour les filles, rien.
Quelques petites mauresques, comme nous disions, sont admises à titre individuel à l’école des filles.
Qui ne se souvient de l’adorable Yamina KETTAB qui invita plus tard plusieurs de ses camarades de classe à son mariage.

IX – Pendant la guerre :

En 1939, la guerre vient tout embrouiller, non seulement par la mobilisation des hommes mais encore en 1941-1942, par les lois racistes de Vichy qui interdisent de fonctions les instituteurs juifs.
A l’école de garçons ; M. GARCIA parti à la guerre et retenu prisonnier, ne rentrera qu’en 1945.
Emmanuel ROBLES qui le remplace à la rentrée de 1940 est remobilisé fin 1942.
Leur adjointe, Mme AMOUYAL, est licenciée en 1941.
Des institutrices, quand il y en à se succèdent, suppléantes ou jeunes normaliennes : Melle CASAMAYOR, Simone AILLOUD, en 1943 Georgette BENAROCHE, etc.
A l’école des filles, seul changement, Mme STRAUSS succède à Melle TYRODE dans la classe enfantine.
A l’école indigène pas de changement.

XI – L’école indigène :

La consultation récente des listes électorales Turenne (électeurs musulmans) aux Archives d’Outre Mer, me permet d’apporter un rectificatif à ce qui a été dit : ce n’est pas M/ OUDJEDI qui à ouvert l’école indigène à sa création.
Peut être est-ce M. Kaya TANI BACHIR, un Tlemcénien, qui la dirigeait encore en 1929-1930.
Lui succéda Mohammed BRIXI de 1930- à 1932, puis Bachir OUDJEDI (et non OUJDI) probablement à la rentrée d’octobre 1932.

XII – La guerre terminée :

M. GARCIA, reprend sa place, avec Maxime MARCOVICH comme adjoint.
A l’école indigène, M.MARTIQUET succède à M. OUDJEDI avec M. Kazi AOUAL comme adjoint puis, les effectifs gonflant on y ouvre une 3éme classe confiée à Pierre FERRAND puis une 4éme à Guy COUVERT (1949-1950).
En 1949 est intervenue la fusion des enseignements européens et indigènes, appelés respectivement A et B depuis 1945.
Turenne joue honnêtement le jeu : l’école des filles s’ouvre largement aux musulmanes ; les deux écoles de garçons mêlent leurs effectifs.
C’est ainsi qu’en1950 mon CP compte 12 européens et 36 musulmans (comme nous disions officiellement).
Les années passent.
A M .MARTIQUET, succède M. TOUTA ; accompagné de son épouse et adjointe Dalys SERGENT.
A M. GARCIA muté à Aîn-El-Turk ou je le retrouverai en 1962, succèdera Maxime MARCOVICH.
Parmi les adjoints, j’aperçois Aline LAMASSOURE, Georges LEVY.
Vers 1954 est construite une nouvelle école de garçons, plus grande, sur l’emplacement de l’ancienne, ensevelissant sous ses ruines nos souvenirs d’écoliers.

XII – Avec les années chaudes :

Et le gonflement des effectifs, arrive une cohorte de jeunes maîtres et maîtresses dont beaucoup sont nés au village, ou sont épousés par les étrangers et étrangères conquis par lui : Jocelyne COUVERT (1956-1964) et Jean-Paul GALVEZ (1963-1964), François ALARCON et Paule JANIN (1957-1964), Hubert COUVERT et Simone RONDOLAT, Sylvette ROSTAING et Jean BADER, Robert SAHUT et Marcelle ROSELLO, Oukacha SBIH, Clotilde PEREZ, Claude ROSTAING…
A l’écart du village, deux nouvelles écoles sont construites, celle de BARBATA, avec André COUVERT (de ? à 1964) et celle de SIDI-YAHIA avec Charles BOULAND.
Quelques uns resteront au-delà de l’Indépendance algérienne dont Maxime MARCOVICH qui tiendra le flambeau jusqu’à sa retraite en 1976.

Guy COUVERT


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Site d'El Bridj futur Turenne :






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Histoire d’un Village . . .

EL BRIDJ - SABRA - TURENNE



Chapitre 1 : Lointains Projets

Dés 1850, quarante-cinq ans avant sa naissance, le site du futur Turenne est repéré et décrit comme très favorable à la fondation d’une colonie de peuplement.
Occupée en janvier 1836, cédée à Abd-el-Kader en 1837, réoccupée en 1842, Tlemcen est depuis onze ans le chef-lieu d’une province frontalière ou la paix est longue à s’installer.
Sebdou, Marnia et Nemours abritent les garnisons avancées qui protégent le pays à l’ouest.
De là et de Tlemcen partent les expéditions ou les coups de main qui harcèlent Abd-el-Kader ou ripostent à ses propres attaques.
Parmi les soldats, tous ou presque tous fils de paysans de France tirés au sort pour sept ans, on en pourrait reconnaître qui s’appellent Pierre COUVERT, Joseph ROCHE, Jean CABANEL, Isidore GARLAND, Marie HUGON, Antoine MOUILLERAS…
Des noms qu’on retrouvera, Abd-el-Kader soumis, la paix imposée, dans des villages bientôt créés autour de Tlemcen.
En effet, si certains soldats – tout au moins les rescapés u combat, de la dysenterie, du typhus – sont rentrés chez eux, beaucoup sont restés : on leur promet la concession d’une terre s’ils trouvent une femme pour y fonder une famille.
Ainsi, de 1846 à 1849, naissent les quatre premiers villages autour de Tlemcen : Mansourah, Négrier, Safsaf et Bréa.
A safsaf, en attendant que leur maison soit construite, les nouveaux colons logent sous les tentes prises aux Marocains à la bataille d’Isly.
En 1853, un nouveau plan de colonisation est lancé.
Une circulaire intitulée ‘’ Renseignements sur des terrains propres à la colonisation ‘’ se présente sous la forme d’un grand tableau à 12 colonnes répertoriant 27 sites pour la seule subdivision de Tlemcen.
Au N0 19, on lit :

‘’ El Bridj / Tribu Douy Yahia (Ahl Belghafer, Ouled Hamou / 400 ha aux Domaines, à relever / 600 ha acquis par échanges ou dépossession / total 1000 ha / bons terrains en grande partie arrosés / sur la route arabe d’Ouchda et sur celle de Maghrnia (traverse) / couvert par la Tafna et le Soufineraf / 28 km de Tlemcen 17 km de Maghrnia / 1 centre / 100 feux / terrain pris sur des tribus émigrées ‘’.
L’année suivante, nouveau rapport daté d’Oran le 19 septembre 1854 et intitulé ‘’ Etudes sur la colonisation dans la Province d’Oran ‘’.
Pour le futur Turenne, on lit :
‘’El Bridje, N° 115 sur la carte. En tête de l’O Soufeniraf, on trouve les ruines romaines nommées El Bridje, sur la route d’Ouchda et un peu plus loin, la belle source d’Aîn Sabra. Tout à l’entour sont de nombreuses ruines de dechras berbères.
Les terres, arrosables, suivent le cours du Barbatta et on peut assigner en ce lieu pour la colonisation un territoire de 1000 ha, s’élevant du chemin d’Ouchda à la traverse de Maghrnia.
De grands espaces sur les plateaux sont couverts d’oliviers sauvages. Les terres seraient prises en parties aux Ahl Belghafer et en partie, par échange, aux Ouled Hamou.
Quatre années passent. Nouveaux rapport dont le titre circonstancié manifeste en 1858, la prudence de l’Administration Impériale (nous sommes sous Napoléon III) : ‘’Projet pour servir dans un avenir plus ou moins éloigné à la colonisation progressive des routes, grandes communication et lieux principaux du territoire actuel de la Province d’Oran pour l’implantation de 100 000 européens ‘’.
La région de Tlemcen est intéressée pour 14 000 habitants. Je relève entre autres projets : Honein 400 h, Aîn-Tolba (6 km au sud de Nedroma) 150 h, Sidi-Medjahed 2000 h, Oued-Zitoun 500 h, Béni-Mester 300 h, Tléta 300 h.
Grandiose rêve ! Un siècle plus tard il n’y d’européens à Béni-Mester ou à Tléta, que notre couple d’instituteurs, un couple de fermiers et nos enfants…
Le site de Turenne est à nouveau décrit, avec des répétitions et des détails originaux :

‘’ N° 21 : El Bridj 140 feux, 2500 ha. A 28 km ouest de Tlemcen, sur une route de traverse conduisant à Maghrnia par Sidi-Medjahed ainsi qu’à Ouchda ; en tête de l’Oued Sifinouraf et non loin de la belle source de Sabra.
Tout à l’entour on trouve des ruines romaines et de nombreuses traces de dacheras berbères. Des rectifications aux canaux actuels suffiront pour arroser la plus grande partie des terres affectées au village.
Du côté sud s’étendent de grands espaces d’oliviers sauvages derrière lesquels commence la forêt des Daîrs Yahia. El Bridj est un des plus beaux points de la subdivision.
L’abondance des eaux, la salubrité de la position, la qualité des terres, ma proximité des bois tout semble lui assigner d’avance une grande importance dans l’avenir. Le pays ne paraît pas encore assez sûr ‘’.
Le pays ne paraît pas encore assez sûr ! Attendons donc qu’il le soit devenu.

Chapitre II: El Bridj

Le site retenu pour l’installation du nouveau village est nommé El Bridj dans tous les documents d’au moins vingt ans antérieurs à sa fondation. Puis ce nom disparaît, non seulement dans les rapports officiels mais aussi dans les mémoires.
Je ne crois pas que personne parmi les habitants ou voisins du village, actuellement vivants ou non, français ou algériens, l’ait jamais entendu ou utilisé.
Très tôt, le nom de la source voisine, Aîn Sabra, souvent abrégé en Sabra, tend à se substituer à celui d’El Bridj, avant même le choix du nom officiel, Turenne, mais après, semble t’il, la construction de la nouvelle route de Tlemcen à Marnia en 1884.
Jusque là, et depuis 1844, on se rendait de Tlemcen vers l’ouest – du moins les troupes en convois, les voyageurs en voiture, les commerçants à cheval ou en chariot, car les paysans ou les rebelles indigènes, les soldats en opérations légères. Les européens aventureux et bien armés utilisaient le réseau embrouillé de sentiers qui allaient au plus droits à travers collines et ravins, pacages et forêts, d’une source à l’autre, reliant les villages ‘’Qbaîl ‘’ (Kabyles) de Zelboun, Béni-Mester, Zhra, Tafessera, El Kef, El Khmis ou les 44 Douars ‘’ (camps de tente, de Khaîmas) des nomades Ahl bel Ghafer, Oued Hamou, Tameksalet. on se rendait donc de Tlemcen à Marnia par la route militaire construite au lendemain de la création du poste de Lalla Maghrnia, en avril 1844. Le Génie avait construit dans les seules années 1843 et 1844, pour les besoins de la guerre, 357 lieues (1428 km) de routes dont celle d’Oran à Sebdou par Tlemcen (44 lieues) et celle-ci, de Tlemcen ) à Lalla Maghrnia (15 lieues).
On sortait de la ville par la Porte du Nord pour descendre jusqu’à Hennaya ; là on quittait la direction de Rachgoun, de la mer, pour prendre vers les Zenata, au nord ouest, jusqu’au Café Maure, on descendait les lacets de ravin de l’Oued Messaoud, on remontait sur les crêtes. on redescendait traverser l’Oued Zitoun (à 15 km en aval de notre pont de l’Oued Zitoun), on revenait plein sud jusqu’à la Fontaine du Génie, halte aménagée et là enfin plein ouest jusqu’à Marnia, en passant le gué de Barka.
Evitant forêts, ravins encaissés et autres coupe-gorge, la route tâchait de rester en terrain découvert et de suivre les crêtes.
El Bridj était à l’écart de cette route qui l’approchait au plus près au coude de la Fontaine du Génie.
Au gué de Barka, à un ou deux kilomètres en aval du pont métallique que nous avons connu, on voyait encore il y à quarante ans les ruines d’un ancien pont : une longue culée de pierre sur chaque rive, les restes de deux ou trois piles dans le lit de la rivière.
On l’appelait ‘’ Pont du Génie ‘’. Sans doute un pont ‘’ à l’Américaine ‘’ comme disaient les ingénieurs de l’époque, ‘’ avec piles en maçonnerie et le reste en charpente. Ils offraient des inconvénients sérieux à cause de la facilité avec laquelle les arabes les détruisaient en les incendiant. Lors de la grande insurrection de 1845, les émissaires d’Abd-el-Kader brûlèrent en effet presque tous ceux de la province d’Oran.
Et parmi eux, celui de la Tafna, ainsi qu’un autre sur la Mouilah, en direction de Nédromah. Car notre région fut durant ces années 1842 à 1847 constamment parcourue par le va et vient des troupes d’Abd-el-Kader, qui avait ses arrières à cheval sur les limites indécises du Maroc et de l’Algérie et celui des troupes françaises qui les poursuivaient ou se réfugiaient dans les postes fortifiés.
On signale d’ailleurs, le 20 mars 1842 moins de deux mois après la réoccupation de Tlemcen, un accrochage à El Bridj entre des ‘’coureursd’Abd-el-Kader ‘’ et ‘’ les cavaliers du Gal Mustapha ‘’ arabes ralliés à la France.
Que signifie ‘’ Bridj ‘’ ? Est-ce déformé par le temps, la prononciation locale, la transcription française, le mot arabe ‘’ Borj ‘’, c'est-à-dire ‘’ fort ‘’ ‘’ forteresse ‘’ ? Le nom garderait il le souvenir d’un point fort sur l’ancien ‘’ limes ‘’ romain, sorte de ligne fortifiée marquant au III ème siècle, moment de la plus grande extension de la souveraineté romaine en Afrique, la limite entre le pays soumis au nord et insoumis au sud ?
Les descriptions du site, presque à chaque fois, signalent la présence de ruines romaines.
Nous n’avons jamais vu ces ruines, je n’en ai jamais entendu parler par les anciens.
L’imprécision des descriptions autorise à les situer ici ou là dans le vaste espace qui s’étend des limites nord du village jusqu’aux abords de la Grande Source.
On n’a dû avoir aucun scrupule – à réutiliser les bonnes pierres qui ‘’ encombraient ‘’ le site, pour des constructions alors jugées plus urgentes que les études archéologiques.
Les précédents ne manquent pas.
A Tlemcen, le minaret d’Agadir partiellement reconstruit au XIII ème siècle montrait de belles inscriptions latines sur son soubassement bâti au IX ème avec les pierres empruntées aux monuments romains voisins.
Et l’Abbé Bargès qui visite Tlemcen en 1846 raconte que, relevant les inscriptions latines éparses sur le site de Pomaria-Agadir, il fut renvoyé au cimetière juif ou, lui dit-on, il trouverait de nombreuses pierres funéraires réutilisées, inscription latine d’un côté, hébraïque de l’autre.
Mais là, un vieux juif lui montre du doigt le pont neuf de la route d’Hennaya, tout près, ou les dites pierres venaient de retrouver de l’emploi.
Où sont les pierres romaines d’El Bridj ?
Dans le pont de Barbata ?
Dans la carapace de la Grande Source ?
Dans les murs de la gendarmerie ?
Dans quelqu’une des premières maisons du village ?
El Bridj ? Ce point fort dont on ne sait s’il à porté un nom romain est sur le ‘’ limes ‘’, à peu près à mi-chemin de Numerus Syrocum (Marnia) et de Pomaria (Tlemcen-Agadir).
Plus loin, à l’est, toujours sur le limes, on trouvait Altava (Lamoricière) et Kaputtasaccorae (Chanzy).
Au sud est du village, dominant à droite le vallon de Sidi-Yahia, on apercevait le fier escarpement du Gueula, en arabe ‘’ El Jorf el Qala’a ‘’, la falaise de la citadelle.
A Turenne on prononçait ‘’dj’’ et ‘’g’’, un g du fond de la gorge. Si vous y êtes monté, vous avez pu voir un grand mur de pierre sèche, sorte de grossier rempart utilisant l’à-pic du rocher et amorçant une enceinte sur l’extrémité du plateau. La végétation, chênes verts ou thuyas, lentisques, gênait la perception du plan de l’ouvrage qui ne donnait d’ailleurs pas l’impression d’un ‘’ travail de romains ‘’. Restes d’un village fortifié post-romains ou se seraient réfugiés les habitants berbères, peut être encore un peu chrétiens, d’El Bridj, au moment de l’invasion arabe ?
Redoute arabe du moyen âge gardant la route de Tlemcen à Fès ?
On ne sait.

Chapitre III : Manquant

Chapitre IV : Les Expropriations

Il est plus facile de faire un enfant que de fonder un village et Turenne fut peut-être le village d’Algérie dont la naissance nécessita les plus longues études préalables, suscita les plus grandes hésitations, exigea les plus complexes démarches juridiques.
Dans les années 1850, on disposait autoritairement du vaincu ; dans les années 1880 et 1890, on ménage les formes avec ses enfants.
Coincée entre les colons qui veulent s’étendre et les indigène qui ne veulent céder du terrain, partagée entre le désire d’asseoir sa présence au centre d’un quadrilatère de 50 à 60 km de large, presque vide d’européens, surveillé par les quatre garnisons de Tlemcen, Sebdou, Marnia et Nemours et la crainte de déclencher par des maladresses quelque rébellion (le souvenir de Bou-Amama demeure), l’Administration balance.
Au fil des archives, on devine les conflits entre impatients et attentistes, entre les partisans de la manière forte pour qui les arabes ont le tort d’exister et ceux qui, les administrant de près, les voyant vivre, cherchent à défendre ou au mois à ménager leurs intérêts si ce n’est leurs droits.
On en arrive à des situations ambiguës ou des propositions non dénuées d’hypocrisie.
En voici deux exemples :

En 1882, on évalue à 1025 âmes la population des Ahl Bel Ghafer établis sur 5430 ha avant, 3018 ha après éventuelle dépossession. A 826 âmes celle des Oulad Addou établis sur 4330 ha avant, 3730 ha après, c'est-à-dire qu’après dépossession les premiers disposeraient de 3 ha par tête, les autres de 4.5 ha. Situation jugée supportable pour ceux-ci, insupportable pour ceux-là, d’autant que leurs sont enlevées les meilleures terres.
Et de faire cette suggestion : non loin au sud est, vers la haute Tafna, les Beni-Hediel (Ain Ghoraba) disposent de 9994 ha pour 1172 habitants, ôtons-leur 1500 ha au profit des Ahl bel Ghafer, il leur en restera encore plus de 7 ha par tête. Et le rapporteur d’écrire délicieusement : ‘’ le mal en se généralisant deviendrait mois sensible ‘’. (Commission de Colonisation de l’Arrondissement de Tlemcen, 9.11.1882).
Dix ans plus tard, rien n’étant encore décidé, de la visite sur les lieux d’un inspecteur de la colonisation naît une idée lumineuse.
A un kilomètre en amont du site, jusque là retenu (celui d’El Bridj), aux abords du premier virage sur la route de Tlemcen se sont installés récemment deux colons européens, Ducros et Pastor.
Leurs deux maisons, distantes de quelques cent cinquante mètres ne sont elles pas l’embryon d’un hameau ?
Il suffirait de construire là gendarmerie et abreuvoir, de dessiner un plan urbain, de ne pas s’occuper pour l’instant de voirie mais donner gratuitement un lot à bâtir ‘’ à tout colon qui aurait acheté à ses risques et périls des biens Melk ‘’.
En un mot, le village naîtrait de lui-même, aux moindres frais pour l’état.
L’Administrateur travaille cette idée dans les bureaux de la commune mixte de Seddou et sur le terrain, propositions et critiques vont et viennent plusieurs fois entre Seddou, Tlemcen, Oran et Alger, puis on n’en parle plus.
La vieille petite maison Ducros existait encore dans notre enfance, abandonnée et à demi ruinée au milieu d’oliviers et amandiers rabougris, ouverte à tous les vents, dans la courbe de la route en face de la ferme Fabre.
Des murs suintaient une acre odeur de fumée ancienne.
Une roue de charrette gisait sur le sol et terre cuite de la grande salle. Nous nous amusions à la faire tourner sur son moyeu, réveillant par son sourd ronron les fantômes demeurés invisibles derrière les plafonds crevés.
Cependant, les vieux projets primitifs jamais oubliés ont poursuivi leurs chemins.
C’est bien l’Etat qui, finalement, créera de toutes pièces le centre de colonisation, village au milieu, terres de culture autour, concédées à des colons qu’il choisira lui-même.
Signé le 16 juillet l’arrêté expropriant les terres qui n’ont pu être acquises à l’amiable est publié dans ‘’ L’Avenir de Tlemcen ‘’ du 31 août 1894 : il occupe 19 des 22 pages de ce petit journal d’annonces qui paraît d’ordinaire sur quatre pages. Chaque page cite 15 à 30 parcelles, 70 à 100 propriétaires.
Turenne a battu en effet tous les records de complexité de récupération des terres.
Il est cité pour cela par l’Historien Ch.R. Ageron dans le 2éme tome de ‘’ l’Histoire de l’Algérie Contemporaine ‘’ de Ch.A.Julien (Ed.P.U.F, page 84) : les 1750 ha 65 a 87 ca expropriés touchent 450 parcelles appartenant à 1552 propriétaires mais non autant de personnes car si chaque parcelle met en jeu plusieurs propriétaires, chaque personne peut être intéressée par plusieurs parcelles et ce, sans aucun parallélisme, c'est dire l’imbroglio à débrouiller.
L’étendue moyenne des parcelles est 3.9 ha, le nombre moyen de copropriétaires par parcelle est 3.5, moyennes peu significatives car ici est une friche à parcours de plusieurs dizaines d’hectares, là sont des lopins irrigués de quelques ares ; tel terrain intéresse plus de trente propriétaires, tel autre, par miracle, un seul.
Combien d’entre vous, à lire ces centaines de noms en reconnaîtriez portés de votre temps, voisins de culture ou de pacage aux limites de la commune, ou plus souvent ouvriers dans vos champs ou vos chantiers.
Est-il arrivé quelquefois que l’un d’entre eux ait dit : ‘’Tu vois ce caroubier, il était à mon grand-père ‘’ ?
L’expropriation décidée, publiée, il faut l’appliquer, la signifier aux intéressés (on trouve aux archives des dizaines de ces listes de notification signées ou marquées d’une croix par les expropriés), payer les indemnités et en même temps préparer l’installation des nouveaux occupants, aménager les infrastructures d’une part, découper équitablement les concessions et choisir les bénéficiaires d’autres part.
Cela demandera encore trois ans.
Pour l’instant, on limite les ambitions (140feux en 1858, sur 2500 ha, à peine 3.5 par tête si la moyenne familiale est de 5 personnes).
On installera 28 familles seulement en n’utilisant que 1341 ha des surfaces disponibles, 48 ha par famille, infrastructures collectives comprises mais le plan urbain prévoit 80 lots à bâtir permettant ainsi d’ultérieurs agrandissements.
Ces lots urbains s’alignent militairement dans un rectangle parfait des 410 m sur 315 m placé à cheval sur la route nationale, empierrée, de Tlemcen à Marnia, au seul endroit ou cette route très sinueuse trace une droite de deux kilomètres et demie.
Le village sera presque à égale distance des deux virages, Ducros en amont, Barbata en aval, limites futures de la ‘’ route du dimanche ‘’.
Il est presque au centre géographique du territoire colonisé, un triangle irrégulier limité à l’est par l’oued Hafir, à l’ouest par l’oued Barbata, écorné au sud au-delà de la Grande Source, échancré au nord et dont les côtés mesurent de 4.5 km à 5 km.
Aucun point du territoire n’est à plus de 3200 m du centre du village, n’importe quel champ sera à moins d’une heure de marche de la maison d’habitation.

Chapitre V : Infrastructures et Bâtiments Publics

C’est donc l’Etat qui prend en charge la fondation du village et qui, simultanément, lance les expropriations, établit la liste des nouveaux colons et procède aux travaux d’infrastructure.
L’avant projet, au début de 1895, subit des modifications pour tenir compte de l’avis de l’inspecteur de la colonisation M.Vonnoy : réduction de moitié de la place jugée trop vaste, élargissement des rues de manière à pouvoir planter des arbres sur chaque trottoir, agrandissement de l’école.
Avis des autorités civile et militaire se rejoignant, la gendarmerie sera conçue comme ‘’un réduit défensif permettant aux gendarmes de se défendre en cas de besoin et pouvant servir même servir pendant quelques heures de refuge aux habitants du village en cas d’événement graves (L. du Préfet d’Oran au G.G.A. ; 7.6.1895).
D’où cet aspect extérieur de fortin qu’avait la gendarmerie avec ses murs aveugles percés de créneaux et ses deux bastionnés d’angle, opposés ‘’de manière à prendre en enfilade les quatre directions’’.
Evalués à 112 000 F, les travaux sont mis en adjudication à l’Hôtel de Ville d’Oran le 8 novembre 1895.
Un certain Lorenzo l’emporte contre douze autres soumissionnaires avec un rabais de 26 c le franc !
La gendarmerie mise à prix 40 000 F sera officiellement construite par un certain Martin, en réalité, semble t-il par Pierre Fournier.
Le rapport de l’inspecteur de la colonisation pour le premier semestre 1896 indique que les travaux vont bon train sauf pour les plantations qui ‘’auraient pu être faites au mois de février et on aurait gagné ainsi une année ‘’ et la gendarmerie ‘’ qui aurait dû être terminée en juin ‘’, et ne le sera pas avant la fin de l’année.
Cependant, le 3 octobre 1898 a lieu la remise des ‘’ travaux d’installation du centre de Turenne ‘’ par ‘’Platel conducteur des Ponts et Chaussées’’ à ‘’ Laffargue Administrateur adjoint de la Commune mixte de Seddou ‘’, à savoir :
1. les rues, boulevards et la place publique du village…
2. les caniveaux établis dans toutes les rues…
3. un bassin abri construit sur la source d’Aîn Sabra
4. la conduite d’amenée des eaux de l’Aîn Sabra
5. les bassins réservoirs couverts…
6. les conduites de distribution dans le village…
7. un lavoir et un abreuvoir à l’entrée du village du côté de Tlemcen, à droite et à gauche de la route nationale…
8. un bâtiment comprenant une salle de classe, un logement d’instituteur, une pièce servant de Mairie provisoire…

Les travaux inventoriés ici intéressent le rectangle délimité par les quartiers I.L.T.S ou dans les années trente, par les maisons Auguste, Bedoin, Victor, Bonnet, Etienne, Marcovitch, Maison Forestière.
Un boulevard de 20 m (plate forme de 10 m, deux contre allées de 5 m) l’entourent, un autre le traverse (route nationale) ; les autres rues ont 15 m (chaussée empierrée de 7 m, deux trottoirs de 4 m).
Le lavoir et l’abreuvoir occupent les futurs emplacements de la poste et de la salle des fêtes.
Le bassin abri de la source est décrit tel que nous l’avons connu avec son gros dos de tortue sue lequel nous grimpions.
Une conduite de 1527 m amène l’eau aux deux réservoirs aux regards fermés chacun d’une tôle que nous contournions ou au contraire piétinions en les faisant résonner, sur le chemin de traverse de la gare.
La distribution se limite pour l’instant à deux conduites, ‘’boulevard central’’ (route nationale) et ‘’ rue de l’école ‘’, alimentant le lavoir, l’abreuvoir, quatre bornes fontaines (une à l’école –il était interdit de sucer le robinet, tout au moins de se faire prendre-, une sur la place, deux sur le boulevard central) et munies de ‘’ 7 boites d’arrosage ‘’ et de ‘’ tubulures d’attentes aux branchements de rues ‘’.
Apparemment, dans ce premier temps, pas de branchements individuels : les premiers colons iront prendre l’eau à la borne.
La salle de classe serait vase (10 m sur 6.50 m si on n’y avait ‘’ aménagé provisoirement au moyen d’une cloison en briques sur champ un espace de 6.50 m sur 3 m pour constituer le cabinet du Maire’’. En compensation, le plafond est généreux : 4.10 m. Il fera frais en été (et froid en hiver).
Le ‘’ water-closet au fond du couloir ‘’ conseillé par l’inspecteur de la colonisation est devenu ‘’ latrines adossées à la façade postérieur du bâtiment’’. Une barrière à claire-voie sépare la cour jardin de l’instituteur de celle des élèves.
Qui a planté le néflier qui nous donnait son ombre par-dessus le muret substitué de notre temps à la barrière ?
Voilà donc le village tracé, alimenté en eau, pourvu d’une gendarmerie, d’une école ; prêt à recevoir ses habitants.
Certains sont déjà là d’ailleurs, sinon à demeure, au moins faisant le va et vient entre leurs village d’origine ou la ville et Turenne, en attendant que leur maison soit construite ou que l’école soit ouverte (Melle Vargas ne sera nommée qu’en octobre 1899).
La preuve qu’ils sont là est que des déprédations sont commises au lavoir (conduite d’évacuation obstruée ‘’ évidemment par malveillance ‘’ par ‘’une boite de fromage de Mt Dore - 2.7.1898 - et que l’abreuvoir est jugé mal placé ‘’hors du village trop exposé à recevoir des bêtes de passage ‘’ porteuses du bacille de la morve (4.1.1889).

Chapitre VI : Les Concessionnaires

Lorsqu’on se plonge dans les archives et qu’on lit les rapports administratifs, les lettres personnelles, les pétitions, les doléances, sans négliger aucun texte, sans privilégier aucun point de vue, on voit se dissoudre ses préjugés, diverger ses sympathies, s’inquiéter son sens de la justice et son souci de vérité.
Quitte à heurter la sensibilité de beaucoup de lecteurs l’honnêteté m’oblige à énoncer ici, en les résumant brutalement, plusieurs constations qu’imposent les documents, après quoi je pourrai reprendre l’accent sur le travail et les mérites de ceux qui l’ont fait.

1. Le village est une création totale des français mais le territoire dont il sera le centre n’est pas désert en 1894 : il faudra en expulser ou y interdire de pacage plusieurs centaines d’habitants, arabes évidemment (berbères arabisés plutôt), la plupart semi-nomades, quelques uns sédentaires.
2. Si quelques propriétaires, individuels ou indivis, ont cédé leur bien à l’amiable, la plupart ont dû se soumettre de mauvais gré à un arrêté d’expropriation après de stériles tractations et de vaines pétitions.
3. Si tous les propriétaires ont étés régulièrement et assez rapidement indemnisés (1 du 18 août 1895 au 11 mai 1896, quelques retardataires le 20 août), ils l’ont été à un prix évalué et fixé par l’Administration et près de la moitié ses sommes a été versée aux créanciers hypothécaires, pour l’essentiel la Banque d’Algérie.
4. Apparemment tout s’est bien passé dans le cadre légal et sur le plan juridique, sans brutalités. En tout cas je n’ai pas trouvé de documents faisant état d’une intervention de la force publique.
5. Tout le territoire exproprié n’était pas en friche. Si 88 % de la surface présentait le paysage que nous avons connu soit au Bivouac et autour de la Source Folle (palmiers nains, asperges sauvages, scilles et asphodèles), soit au cimetière se Sidi Ghalem (lentisques, broussailles, palmiers nains), soit au Bosquet du Marabout vers Marnia (chênes, caroubier, lentisques), en revanche 12 % était défrichés et cultivés dont le quart en jardins et vergers irrigués
6. Partagé en concessions, le territoire ainsi libéré est attribué exclusivement à des français de souche : pas un nom espagnol ou italien (la loi de 1889 dite ‘’ de naturalisation automatique ‘’ n’a pas encore fait, dans son domaine, son effet), pas un nom juif (le décret Crémieux prescrivant la naturalisation collective des juifs indigènes date pourtant de 1870) parmi les 28 concessionnaires de 1897 ni les 16 de 1904. Nous voyons, dans les archives, se présenter, se dédire, s’installer, persévérer ou renoncer, prospérer ou péricliter ces colons français de la première heure, nous apercevons à peine, incidemment, les autres habitants, espagnols ou juifs, qui bientôt cependant contribuent à la croissance et à la prospérité du village. Quant aux arabes, ils jouent le rôle de repoussoirs.

Cela précisé, voyons l’installation des premiers colons. Qu’ils soient privilégiés n’ôte pas grand-chose à leurs difficultés, rien à leur mérite.
L’ambition de l’Administration était double :
1. créer au centre d’un vaste territoire resté presque vierge de toute action colonisatrice un noyau européen vigoureux et rayonnant
2. instiller dans la population européenne un apport nouveau d’immigration métropolitaine. Vers ce second but elle se heurte dès l’abord à deux obstacles :
2.1 Les candidatures sérieuses à l’immigration sont moins nombreuses qu’on ne l’avait espéré
2.2 Les notables politiques de Tlemcen, sous la pression de leurs clientèles électorale, cherchent à placer des colons ou enfants de colons en mal de terre des villages environnants. Sans entrer dans le détail des tractations, nous constatons, en 1896, que sur 28 concessionnaires retenus, 10 seulement sont des ‘’immigrés’’, 18 sont des ‘’algériens ‘’ (ce sont les termes utilisés). L’un de ces dix refuse la concession obtenue, son successeur de même et la concession échoit à un algérien d’Hennaya, François BLANCHON. Une autre, d’abord acceptée par Constantin GIN mais non occupée dans les délais est attribuée) à Delphin FRERET d’Hennaya également. Une troisième est acceptée par CHRISTOPHE Joseph, de la Drôme qui obtient de s’en dessaisir au profit de son neveu, Sébastien CARDONE, cafetier à Aîn Khial.
Voilà donc le nombre d’immigrant réduit à sept, le quart du contingent !


Les algériens, à l’exception de CARDONE, viennent tous du pays de Tlemcen : de Tlemcen même (François DESCAUNET , Edouard MORETY), de Bréa (Jean et Louis BARTHE, Jean Pierre LAMASSOURRE), de Mansourah (Joseph YZOARD, Jean BEDOIN), de Négrier (Bernard et Charles COUVERT, Pierre DUCLA, Louis LOUET, Jean ROUMAT), de Safsaf (Jean BAICHAIRE, Jean ROUSSILHES), d’Hennaya (Victor CAYLA, BLANCHON, FRERET, Célestin TERRAL, Edouard VENEL) et de Nemours (Louis DEROBLES).
Il est bon de noter que sur ces 21 algériens, 9 sont nés en France, mais qu’ils séjournent en Algérie depuis 1859 pour le plus ancien Lamassourre arrivé à 8 ans, à 1887 pour le plus récent Descaunet arrivé à 24 ans:

LAMASSOURRE Basses Pyrénées
DESCAUNET Haute Pyrénées
CAYLA Dordogne
BAICHERE Aude
LOUET Tarn
ROUSSILHES Aveyron
TERRAL Aveyron
CARDONE Pyrénées Orientales
MORETY Basses Alpes

Quant aux immigrants, ils viennent :

DEBROAS Florentin Ardèche
CAYLA Pierre Lot

Et les autres de la Drôme :
BOREL Joachim
JOANNIN Cyprien
JOUBERT Auguste Lincoln
VINCENT Paul et Emile
Ces quatre derniers du même village de Chatillon-en Diois


Tous ces concessionnaires s’affirment agriculteurs ou capables de l’être. Mais plusieurs ne le sont certainement pas :
MORETY et CARDONE sont cafetiers
BLANCHON et DEROBLES maçons
CAYLA Victor terrassier
DESCAUNET charron forgeron
JOUBERT mineur, mais comme souvent en France il cultive la terre de son père.
Tous sont mariés, quelques uns sans enfants, d’autres avec six (Jean BEDOIN, Bernard COUVERT, Célestin TERRAL), sept (Jean Pierre LAMASSOURRE) ou huit (Louis BARTHE).
La moyenne est trois par foyer.
L’âge moyen du chef de famille est 42 ans, les plus jeunes étant JOUBERT (26 ans^Charles COUVERT (30 ans) et VENEL (31 ans), les plus âgés JOANNIN et BOREL (58 ans) et TERRAL (54 ans).

Chapitre VII : Les Mises en Possession

L’expérience déjà cinquantenaire de la colonisation officielle avait montré que les concessions familiales ne devenaient viables qu’autour de 35 ha.
Turenne profite de cette expérience : les 28 concessions totalisent 972 ka 74 a 50 ca, soit 34 ha 74 a d’étendue moyenne, les surfaces allant de 31 ha 10 a 80 ca pour la plus petite à 38 ha 26 a 60 ca pour la plus vaste.
Sauf à tracer au cordeau des rectangles de 700 m sur 500 m, il n’était certes pas possible ni d’ailleurs souhaitable de chercher à égaliser en surface les concessions : les terres ne sont pas d’égale qualité d’un coin à l’autre et le géomètre en à tenu compte.
Chaque parcelle avait été évaluée à son juste prix pour les expropriations.
On a élaboré 28 paquets de parcelles de valeur a priori équivalente en prenant en compte les facteurs alors considérés : terre fertile ou non, défrichée ou non, à dérocher ou non, irrigable ou non, en culture ou en pacage.
Chaque concession réunit sur un même modèle cinq ou six parcelles de natures définies :
- un terrain à bâtir de 8 a au village,
- un lot dit de jardin, irrigué de 20 a environ, entre le village et la source,
- un lot dit de verger, irrigable, de 30 a environ, dans la même zone
- une terre plus ou moins défrichée de 1 à 2 a à proximité du village,
- une ou deux terres à peine ou nullement défrichées d’une trentaine d’hectares autour de ce premier noyau.
Cette distribution apparaît nettement sur le plan du village.
Pour éviter favoritisme et contestation les 28 lots sont tirés au sort le 9 août 1897 à la sous-préfecture de Tlemcen.
Le chapeau contient les numéros des lots urbains de 8 a, chaque concession étant liée à l’un deux. Rappelons qu’en prévision d’agrandissements futurs 80 lots à bâtir ont été dessinés, 28 seulement sont tirés au sort, ceux des quatre quartiers (sur dix) situés au nord de la place de l’école. Les autres sont tenus en réserve ainsi que les quatre lots du centre, destinés à des artisans ou commerçants.




Voici les lots attribués et les noms de leurs attributaires :

7 : BERLIN (rayé, surchargé BLANCHON)
8 : DEBROAS
9 : BARTHE Jean
10 : IZOARD
11 : DUCLA
12 : PELLEGRIN
13 : CROZET (rayé surchargé BARTHE Louis)
15 : BEDOIN
16 : GIN
17 : LOUET
19 : BRETTE (rayé, surchargé MALHOUTIER)
20 : Vve COUVERT Bernard
21 : VéNEL
22 : CHRISTOPHE
24 : ROUSSILHèS
27 : DESCAUNET
28 : CHéRON
29 : TERRAL
30 : ROUMAT
32 : BAICHèRE
33 : BARTHE Louis (rayé, surchargé VINCENT Paul Emile)
34 : LAMASSOURRE
36 : MAS
37 : COUVERT Charles
38 : BORREL
39 : CAYLA Victor
40 : VINCENT Emile
42 : JOANIN

Cette liste ne sera pas définitive. Aux corrections déjà apportées s’en ajouteront d’ultérieures :
MORETY remplacera PELLEGRIN N° 12
FRéRET remplacera GIN N° 16
REYSSET puis CAYLA succèdent à MALHOUTIER N° 19
CARDONE se substitue à CHRISTOPHE N° 22
JOUBERT à MAS N° 36
La Vve de ROUSSILHES Jean obtient d’échanger son lot contre le N° 28 de CHéRON, défaillant
DEROBLèS obtient à sa place le N° 24 d’abord cédé à BEZAT qui renonce…
Si je cite tous ces noms, certains restés inconnus, c’est pour montrer la versatilité de nombreux prétendants qui, après avoir de loin rêvé à la fortune, sont venus sur place et ont trouvé le soleil trop chaud, la terre trop rocailleuse, les caroubier trop solides, bref les cailles pas assez rôties.
Aussitôt effectué le tirage au sort suit la formalité de la mise en possession. Le géomètre donne rendez-vous aux concessionnaires, à partir de septembre 1897, pour reconnaître les lieux. Les uns après les autres s’y rendent.


J’imagine ma jeune grand-mère Marie montant de Négrier avec son beau frère Charles COUVERT (ils ont rendez vous le 8 et le 9 novembre) en carriole dans la nuit pour prendre au petit jour à Tlemcen la diligence de Marnia.
La route empierrée est étroite, très sinueuse, bien dégagée à la montée et à la descente du col du juif, inquiétante dans les gorges de l’oued zitoun, c’est un aller-retour de deux jours avec souper et coucher dans la grande baraque que Clovis FOURNIER, ancien combattant militaire de 1870, à installée dés 1895 à l’entrée du village, face à l’abreuvoir.
Entre la baraque et le caniveau trois jeunes platanes d’un an, dépouillés par l’automne, sont surpris d’avoir échappé à leur premier été. on inspecte la concession de Marie lundi après-midi, celle de Charles mardi matin, conduits par le géomètre sur chacune des six parcelles, d’une borne à l’autre. C’est une bonne trotte qui mène du centre du village – empierrées, bordées de caniveaux, les rues étalent leur quadrillage plat, comme un plan dessiné sur le sol. Seuls se dressent au-dessus des doums, des guendouls et autres broussailles le fortin de la gendarmerie, la baraque de Fournier et le chantier de l’école.
Se voulant accueillants à l’entrée, remplis d’eau fraîche sans arrêt renouvelée, le lavoir et l’abreuvoir ont leurs abords souillés par les gens de passage – du centre du village donc, vers la source puis les confins du territoire, jusqu’à l’escarpement de travertin qui tombe sur Barbata au sud, jusqu’au bas fond de Chabet bent Allah (le ravin de la Fille de Dieu)
Qu’embaume la menthe sauvage au nord. Car Marie veut tout voir avant d’apposer sur le procès verbal la mention ‘’ qui accepte sa concession ‘’ suivie de sa signature.
Le procès verbal, sur formulaire imprimé, indique de