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Les remèdes de grand-mères
France d'autrefois, les remèdes de grand-mère
France d'autrefois, les remèdes de grand-mère
Autrefois, la médecine officielle n’avait pas bonne presse. Il faut dire que les médecins étaient si rares qu’ils ne pouvaient guère contredire les racontars qui couraient sur eux. En 1908 par exemple, on croyait encore dans l’Allier qu’un pauvre qui entrait gravement malade à l’hôpital y était tué sournoisement : les médecins lui faisaient avaler, disait-on, des pilules empoisonnées enrobées de sucre !
Lorsqu’ils étaient malades, nos ancêtres se contentaient donc des recettes de la grand-mère, de la voisine ou du rebouteux. Comme certains de leurs remèdes empiriques ont été notés par des érudits d’alors, on retrouve ainsi de curieux livres de "médecine" : ils font frémir plus qu’ils ne rassurent…

France d'autrefois, les remèdes de grand-mère
Cette expression n’a aucun lien avec les femmes mais vient du latin bona fama signifiant "de bonne réputation". Une réputation perdue aujourd’hui car la formule a pris un sens péjoratif. Parmi ces remèdes populaires d’hier, évoquons le crapaud qu’il suffisait, disait-on à Cabans en Dordogne, de placer tout vivant sur l’estomac d’un malade pour faire partir le mal. Dans le Sarladais, on assurait qu’il fallait faire grand peur au malade pour que sa fièvre tombe. Dans le Jura, on faisait bouillir une chandelle de suif dans un quart de litre de vin rouge pour obtenir une mixture guérissant les rhumes et on mélangeait le cérumen des oreilles à de l’huile de noix pour faire passer les engelures… En Moselle, pour garder des dents saines, on conseillait de les brosser tous les huit jours avec de l’eau-de-vie salée. Contre la rage, on prescrivait les bains de mer (Maine), contre les lumbagos la graisse d’un chat (Savoie), contre le mal de dents des vers de terre à s’enfoncer dans l’oreille (Savoie), contre les fièvres l’infusion de graines de carottes dans l’urine (Poitou)…
France d'autrefois, les remèdes de grand-mère
En Corrèze, on conseillait d’accrocher autour du cou des enfants un brivé, petit sac contenant un morceau de papier sur lequel était inscrite une incantation, pour les protéger des vers. Même chose en Dordogne, où les brevets prenaient la forme de petits sacs de toile fermés à porter au cou. Certains pouvaient contenir le dard d’un serpent, une rainette, du sel, des herbes… Les plus simples ne portaient qu’un petit carré de papier chargé de formules magiques, comme : "brac cabrac, carabrac, carabrac, comjusre, crabrac, comjusre" (trouvé en 1835). Ces petits mouchoirs devaient être portés quelques jours seulement, pour éviter une contagion ou guérir une fièvre, puis être brûlés sans avoir été ouverts. Contre les angines, rien de plus radical, assurait-on dans la Sarthe, que de garder autour du cou tout l’hiver une pomme de terre au four coupée en deux et placée dans une chaussette de laine, déjà portée bien sûr…
France d'autrefois, les remèdes de grand-mère
De nombreux rites de guérison étaient associés aux saints locaux. On pensait ainsi que les débris du rocher qui avait abrité saint Calmine en Corrèze guérissaient des fièvres pourvu qu’ils soient broyés et bus dans un peu d’eau. En Corse, il était conseillé de vouer son enfant malade à saint Antoine. S’il guérissait, le petit devait alors rester habillé trois ans comme un petit moine, avec un habit marron, un cordon blanc à la ceinture et les pieds nus. Dans le Maine, on utilisait des formules conjuratoires du genre : "Mal, va-t-en !" ou "Mal, je te chasse !", que l’on répétait trois fois.

Saint Roch
Saint Sebastien
Saint Gildas
France d'autrefois, les remèdes de grand-mère

Enfin, dans toute la France, des "bonnes fontaines" avaient la réputation de pouvoir guérir les malades. En Touraine par exemple, la source de Saint-Antoine-du-Rocher soignait les dartreux. Celle de Bray-en-Val dans le Loiret rendait leurs forces aux vieillards qui y trempaient leurs vêtements avant de les remettre trempés sur leur corps. Dans le Blésois, celle de Busloup faisait disparaître les rhumatismes, celle de Lavardin les furoncles (méthode à suivre : tourner le dos à la fontaine et y jeter des clous par-dessus son épaule), celle de Saint-Firmin-des-Prés guérissait même de tout, à condition que son eau soit bue un 1er mai ou le premier vendredi de chaque mois. Il est encore fréquent aujourd’hui de trouver dans le Limousin, le Var ou ailleurs, près d’une fontaine ou d’une source réputée, des linges apportés par des malades espérant la guérison. Après tout, nos cures thermales ne sont-elles pas les traductions modernes de ces rites ancestraux ?
Texte : Marie-Odile mergnac
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