Cordonniers, tisserands, dentellières, scieurs de long, bergers, charbonniers, cabaretiers, corsaires.., autant de métiers d'autrefois qui n'existent plus ou ne se pratiquent plus de la même façon.

Découvrez la passionante histoire de ces métiers d’autrefois grâce à cet ouvrage exceptionnel : « Métiers d'autrefois ».
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OUBLIEUR, MARCHANDE DE LAIT : À la tombée de la nuit l’oublieur, au petit matin la marchande de lait : deux petits vendeurs des rues faits pour ne jamais se croiser. Parmi les cris de la ville, ils sont de ceux qui viennent flatter le palais des gourmets jusque sur les paliers, à bon marché... Mais gare aux entourloupes !
Au coeur de l’oublie, la douceur melliflue
Au Moyen ge, le faiseur d’oublies, c’est-à-dire d’oblies, est en charge de la préparation des hosties, des gâteaux d’offrande. "Homme de bonne vie et renommée", il ne peut faire travailler de femmes mais, à la différence des autres métiers, il peut pratiquer le dimanche. L’oublie ? Une pâtisserie légère, obtenue à partir d’une pâte déliée, mêlée de sucre, d’oeufs et quelquefois de miel. Ronde, elle est toute plate et sans épaisseur car cuite entre deux gros fers. Oublieur est l’un des plus anciens métiers parmi les crieurs des rues. En 1929, on recense déjà vingt-neuf oblaiers à Paris. Les statuts de la profession datent de 1270. Pour être reçu maître oblaier, il faut être capable, au terme d’un apprentissage de cinq ans, de faire mille oublies en une seule journée.
À l’origine, les oublies sont préparées en fin de journée dans les pâtisseries avec des restes de pâte. Les garçons pâtissiers ont vite l’idée d’en faire commerce, les proposant aux passants dans les rues. Les pâtisseries sont présentées dans un corbillon recouvert d’une serviette blanche ou bien dans un couffin dans lequel repose un récipient rempli d’eau bouillante. Aussi, une petite vapeur blanche poursuit-elle le vendeur dans sa marche... À l’occasion, le vendeur propose aussi des petits pâtés, finalement interdits à la vente car "ils favorisaient la gourmandise et prédisposaient à la paresse". Il fait recette surtout l’hiver et durant Carnaval.

La gourmandise se paye cher...
"Et moi qui suis oublieux Les portant en toute saison
Pas ne doit être oublié Car j’en suis, c’est bien la raison."
Au XVIIIème siècle, les oublieurs parcourent les rues à des heures assez tardives, ce qui leur occasionne parfois de malencontreuses rencontres. Les rues étant peu sûres (c’est seulement en 1667 qu’on commence à organiser l’éclairage public) et souvent désertes, les vendeurs d’oublies ne font pas toujours leurs affaires. Ils tentent alors de vendre leur marchandise en montant au cœur même des maisons. Parfois, des dîneurs les appellent par la fenêtre sur leur passage pour sucrer leur fin de souper. La coutume veut qu’on joue les pâtisseries aux dés. Si tout le lot d’oublies est gagné, l’oublieur doit entonner une chanson, qui avec le temps devient vite grossière, voire obscène. Parfois même, le divertissement dégénère et l’oublieur devient le souffre-douleur de ces plaisanteries.

Les oublieurs disposent d’une grande facilité pour s’introduire dans les maisons et peuvent y circuler à l’envi. Aussi, certains se font-ils indicateurs ou complices de malfaiteurs. Suivant l’expression de l’époque, on les soupçonne de "vendre des vols". Quelques-uns, affiliés à des bandes et un peu trop oublieux des convenances, finissent même sur la roue ou suspendus au gibet.

Extrait du chapitre concerné, dans l’ouvrage Les métiers d’autrefois, de Marie-Odile Mergnac, Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max Déjean, Archives et Culture.